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Coup de coeur

La République lumineuse

Auteur : Andrés Barba
Editeur : C. Bourgois Paris
Publié : 2020
Type de document : Livres adultes
Cote : r barb r
Résumé : Jungle au vert intense, fleuve boueux et langueur tropicale : nous sommes dans la ville de San Cristobál en 1993. Là, le pittoresque côtoie la noirceur, comme le découvre notre narrateur : jeune fonctionnaire aux affaires sociales, il doit y mettre en place un programme d'intégration des communautés indigènes de la région. Très vite, la torpeur locale est perturbée par l'arrivée d'enfants, inconnus et presque sauvages, qui pillent les rues. Mais d'où sortent tous ces enfants ? Quelle est cette langue qu'ils parlent et qui n'appartient qu'à eux ? D'abord étonnante et vaguement inquiétante, leur présence aura des conséquences tragiques. Vingt ans plus tard, l'ancien fonctionnaire se souvient et revient sur la succession d'événements ayant conduit au drame. Dans une échappée à l'ordre établi par les adultes, Andrés Barba nous invite à redéfinir notre idée même de l'enfance avec cette grande fable qui nous hantera longtemps.

Notre avis : San Cristobal, petite ville du Mexique, 1993. On le sait dès le début du roman : 32 enfants y sont morts. Andrés Barba, étoile montante de la littérature espagnole contemporaine, construit son récit autour de la figure d'un jeune fonctionnaire aux affaires sociales, qui raconte les faits et comment une communauté a basculé dans l'effroi et la violence.

 
San Cristobal est baignée de couleurs éclatantes, notamment le vert de la forêt toute proche, ce qui renforce le contraste avec l'ambiance sombre du livre. Car s'y joue un drame : l'arrivée d'enfants d'abord ignorée, interpelle les habitants puis les entraîne dans la violence. Ces enfants ont construit une langue et une sociabilité propres, inintelligibles pour les adultes.
  
Outre le fait que le roman est construit comme un polar, c'est surtout la langue de l'écrivain qui est incroyable et les sensations qu'elle fait naître en nous. Une sensation de malaise car les enfants sont parfois présentés comme des insectes, qu'ils paraissent à la fois proches et incompréhensibles. Le livre nous interroge aussi sur notre propre rapport à l'enfance et à nos enfants qui restent, quoiqu'on en dise, des énigmes.
Et vous, que faites-vous de ce mystère de l'enfance ?
 
Extrait : "Le vert de la forêt est la véritable couleur de la mort. Le vert qui dévore tout, la grande masse assoiffée, bigarrées, asphyxiante et puissante où les faibles soutiennent les forts, les grands protègent les petits de la lumière et où seul le microscopique ou le minuscule parvient à faire chanceler les géants [...] Les enfants avaient eu un sens de la communication comparable à celui des insectes : ils étaient des hôtes mais aussi des parasites ; ils paraissaient faibles, mais étaient capables d'effacer le patient travail des siècles. [...] Je jugerais que la communauté des enfants avaient aboli l'amour. Ou plutôt un certain type d'amour. Le nôtre."
   

Marie-Laure, Directrice