Informations pratiques

Espace abonné

Vous êtes ici

Accueil » Coups de cœur
Coup de coeur

Requiem des innocents

Auteur : Louis Calaferte
Editeur : Julliard Paris
Publié : 1994
Type de document : Livres adultes
Cote : r cala r

Notre avis : Assez peu intéressé par les romans autobiographiques en règle générale, ce premier roman de Louis Calaferte a su me réconcilier, pour 200 pages au moins, avec le genre. La plume de l’auteur y est pour beaucoup. Dans la continuité d’un Céline, c’est l’oralité de la rue, la colère contre l’injustice qui s’écrivent et se lisent.

 
On en viendrait presque parfois à douter de la véracité de certains événements. Et pourtant, réels ou fictifs, véridiques ou fantasmés, les souvenirs de sexe, de beuverie, de bagarres, d’ignorance, de cruauté et de crasse ont une valeur poétique tant la plume de l’auteur sait gratter avec brio la misère et les bassesses humaines. 
 
Calaferte n’épargne personne :
- ni son groupe d’amis qu’il compare à « des bêtes malfaisantes, museaux au vent, flairant une proie », 
 
- ni son père « aussi vaniteux que bête, [qui] s'engageait bénévolement à donner sa vie ou sa liberté en échange d'un mot bien placé et flatteur pour ce qu'il croyait être son honneur », 
 
- et encore moins sa mère à qui il accorde l’une des plus terribles et pourtant, plus belles tirades de l’ouvrage, dont voici un court extrait : « Si tu vis quelque part, sache que tu peux m’offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c’est qu’une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir en m’enfantant par erreur. Une femme n’est pas mère à cause d’un fœtus qu’elle nourrit et qu’elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire. »
 
L’auteur en profite également pour régler des comptes avec l’enfant qu’il était « aussi crasseux que les autres. Aussi vicieux et mal habillé que les autres. Comme eux, j’appartenais à une famille sordide du quartier le plus écorché de la ville de Lyon : la zone. […] Je n’étais qu’un petit salopard des fortifs, graine de bandit, de maquereau, graine de conspirateur et féru de coups durs. Pas plus que les autres, je ne redoutais le mal ni le sang. »
 
Et pourtant, au milieu de toute cette violence et de cette crasse ressortent, ici et là, quelques bouffées de bonheurs. Des moments uniques et beaux dans lesquels le lecteur, sans doute autant que le petit Louis ou l’auteur Calaferte, peuvent, un instant au moins, se sentir apaisés, libérés de la noirceur : du texte pour le premier, de la « zone » pour le deuxième et du souvenir pour le troisième.
   

Romain, section Animation