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C'est beau une ville la nuit… au cinéma

 

Pas facile de tourner la nuit, de faire une belle nuit, une nuit qui ne soit pas un crépuscule, une nuit qui ne soit pas bleue, une nuit noire où même l'écran devient noir ! Et si de surcroît c'est en ville, la mission n'en sera que plus délicate.

 

Illustration murale réalisée par Marc Antoine Mathieu, Angoulême 2003

 

Mais à l'impossible nul n'est tenu et c'est ce que nous allons découvrir avec quelques films.

 

Ici, il n'y aura pas de « nuit américaine » expliquée, d'effets spéciaux décortiqués ou de caméras conseillées. Non. Il y aura juste le plaisir de regarder un film et de trouver que la nuit et la ville y sont joliment filmées ou bien qu’elles délivrent une ambiance si particulière, qu’elles nous procurent des émotions.

 

Ado, je me souviens avoir été séduite par l’ambiance nocturne que le réalisateur Michael Mann parvenait à donner dans sa série phare Miami Vice.

 

Sa nuit est celle de la ville. Une nuit vivante et vibrante de lumières, de couleurs qui magnifient les cités de Miami ou Los Angeles et où tout ou presque devient plus visible qu'en plein jour ! Mais, cela n'empêchera pas le climat inquiétant de la nuit de venir envelopper le spectateur. Peut-être parce que cette nuit filmée avec tant de réalisme recrée la crainte, le danger et la vulnérabilité que la plupart d'entre nous éprouvent la nuit venue ?

 

« It started like any other night »

 

 

Dans Collatéral (2004), Max (Jamie Foxx) travaille de nuit et pour lui « cette nuit avait commencé comme n'importe quelle autre » mais, cette nuit-là ce chauffeur de taxi sera contraint à conduire un tueur à gages, Vincent (Tom Cruise). Ce film en plus d'être un bon thriller avec un Tom Cruise glaçant, offre un impressionnant « city-tour by night » de Los Angeles.

Une prouesse technique et un défi relevé grâce aux caméras numériques HD capables de capter et de restituer justement l'incroyable palette de lumières, de couleurs et de contrastes qui pullulent dans la ville.

 

Car comme l'écrit Richard Coppans dans La ville au cinéma, « La nuit n'existe plus dans les paysages urbains et c'est un vrai problème pour filmer » et si « auparavant on se demandait si la lumière était suffisante, dorénavant on se préoccupe de ce qui pourrait être éteint. »

 

 

L'ART DU CLIMAX

Chaque grand cinéaste construit son œuvre, film après film. C'est évidemment le cas de Michael Mann, dont le cinéma sensitif n'a jamais cessé de s'affiner au fil de nombreuses expérimentations stylistiques.

 

 

Il se peut que le grain grossier donné à l'image par la caméra HD déplaisent à certains. Je trouve que ce pointillisme flagrant dans les scènes à l'intérieur du taxi contrastent avec celles très lisses de l'extérieur et accentue notre sensation de participer à ce huis-clos et de vouloir en sortir.

 

Je vous invite aussi à voir ou revoir Heat (1995) dans lequel le réalisateur filmait déjà en vue plongeante les artères de Los Angeles.

 

Chez Michael Mann, la ville et la nuit sont des personnages à part entière. Elles le sont également dans Nightcall réalisé par Dan Gilroy, dans l'incontournable Blade Runner de Ridley Scott mais aussi dans Dark City.

 

 

Mégalopole mythique des réalisateurs américains et du cinéma « noir », L.A est encore à l'honneur dans ces deux films. Le premier est un thriller qui peut procurer un malaise tant le sujet est actuel : le journalisme amateur de faits divers.

 

Lou (Jake Gyllenhaal) est branché sur les fréquences radios de la police et parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. Le spectateur participe à cette course sans limite dans la cité des anges, même la nuit ou au contraire tout semble possible.

 

Le second, adapté du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques écrit par Philip K.Dick, nous plonge à Los Angeles en 2019. C'est dans cette cité froide, pluvieuse et à la nuit quasi-interminable que Deckard (Harrison Ford), un ancien policier « blade runner » reprend du service pour éliminer un groupe de « réplicants », des androïdes fugitifs menés par le mystérieux Roy Batty (Rutger Hauer).

 

Contrairement à Mann, Ridley Scott n'a pas pu fuir les studios pour filmer l'univers urbain de Blade Runner. Des rues de L.A y ont été entièrement récréées et le résultat est bluffant. « En déguisant des immeubles réels, en en bâtissant d'autres en maquette, Lawrence G. Paull a édifié une métropole futuriste qui se signale par son gigantisme, son caractère mêlé et son atmosphère de brumes et de fumées. Des plans généraux en découvrent les immenses perspectives, des angles révèlent ses détails. Entre les uns et les autres, aucun heurt, une très grande vraisemblance. »

 

 

Le Los Angeles de Blade Runner ne déroge pas à la règle de la verticalité des villes fantasmées en science-fiction. Par conséquent, le réalisateur en profite pour opérer des prises de vue en plongée et contre-plongée. Le premier effet de cette alternance entre plans sombres et plans lumineux est d'accentuer le motif de nuit. L'autre effet, est de faire croire au spectateur qu'il fuit les ténèbres en s'approchant du cœur de la ville, de ses rues animées et colorées alors qu'il est précipité dans un lieu toujours plus sordide et lugubre.

 

A quoi ressemblera le L.A de Blade runner 2049 de Denis Villeneuve ? La sortie est prévue en octobre 2017, d'ici là voici la bande-annonce :

 

 

« Je ne suis même pas sûr que le soleil existe dans cet endroit. Parce que je suis debout depuis des heures et des heures et des heures et la nuit n'en finit jamais. » John Murdock in Dark City,1998

 

 

 

Si vous ne vous rendez pas compte que la nuit a envahi le jour et que votre ville a changé, vous êtes en train de vous réveiller à Dark City ! Alex Proyas propose un long-métrage entre fantastique et science fiction dans lequel la ville se recompose chaque nuit (ou bien à midi mais il fait quand même nuit…) en un inquiétant labyrinthe, un dédale quasi inextricable à l’égal du cerveau humain.

 

Avec ce dernier titre, je vous propose de vous éloigner totalement du film urbain saturé de couleurs pour vous tourner vers des images très léchées. Ici, l'effet de nuit se décline dans un camaïeu de sépia prêtant à cette cité obscure le double pouvoir de fascination et de répulsion.

 

Le scénario est audacieux, parfois nébuleux mais l'esthétique irréprochable de Dark City mérite une visite.

 

Autres nuits, autres villes...

The Dark Knight | Médiathèque Jean Ferrat

Batman en est la parfaite illustration : l'homme chauve-souris a toujours été orienté par ses auteurs vers un monde en quasi-décomposition. De fait, Gotham-city est une ville toujours au bord du gouffre, rongée par la corruption et différentes associations de malfaiteurs. Sans même parler des tremblements de terre qui libèrent prisonniers de droit commun et résidents de l'hopital psychiatrique...